Il va sans dire que Kénitra compte parmi les plus grandes villes du Maroc et qu’elle est la plus importante du nord-ouest du Royaume.
Située sur la rive sud du Sebou, à 12 km de son embouchure sur l’océan Atlantique, près de la station balnéaire de Mehdia, et au carrefour des grandes routes commerciales reliant l’est, le nord et le centre du Royaume (Fès, Meknès, Tétouan, Tanger, Rabat et Casablanca), la ville est d’origine très récente, à l’instar de la capitale économique et contrairement à d’autres villes du pays.
L’histoire de Kénitra proprement dite ne dépasse pas 120 ans, même si elle est étroitement liée à la Kasbah de Mehdia, édifiée au VIe siècle avant J.-C. par Hannon le Carthaginois sur un plateau rocheux à l’embouchure du Sebou, sur les ruines de la cité de « Thymiatéria ».
Le site fut aussi appelé « Halq al-Maâmora » et « Halq Sebou ». Il connut l’occupation portugaise en 1515 puis espagnole en 1614, avant que le sultan alaouite Moulay Ismaïl ne libère la forteresse en 1681.
Avec l’arrivée du colonialisme français et l’instauration du Protectorat en 1912, le Résident général Lyautey décida de construire un port près de la kasbah édifiée en 1895 pour abriter une garnison militaire, à proximité du pont (« al-qantara ») construit par le caïd makhzénien Ali Ouaddi à la fin du XVIIe siècle et détruit par les autorités coloniales en 1928.
L’arrêté résidentiel du 1er janvier 1913, qui ouvrit le port fluvial de Kénitra à la navigation commerciale, marqua un tournant décisif dans le renforcement du rôle de la ville, l’extension de son influence et de son rayonnement.
Ce port était d’abord réservé à l’activité militaire : on y débarquait les troupes coloniales, le matériel militaire, les vivres et diverses marchandises, acheminés ensuite vers l’intérieur du pays, en direction de Fès et des régions voisines, par les routes makhzéniennes traditionnelles, afin de réprimer les soulèvements populaires opposés à l’occupation.
Le rayonnement du port eut des retombées positives en attirant des investissements, notamment dans l’industrie (agroalimentaire, chimie, métallurgie) et dans le bâtiment. La faiblesse des impôts, des salaires et des charges familiales contribua à cet essor industriel remarquable.
Ces mutations économiques attirèrent vers la jeune ville un très grand nombre de Marocains venus de toutes les régions du Royaume, en particulier de l’actuelle région du Gharb – Chrarda – Beni Hssen, ce qui favorisa une forte croissance démographique et l’extension de l’espace urbain. La ville attira également de nombreux Européens et colons. Dans le cadre de la politique de ségrégation propre au système colonial, les autorités du Protectorat, notamment après la création de la commission municipale fin 1914, divisèrent l’espace urbain de Kénitra en trois grandes parties :
- le lotissement militaire, réservé aux services et installations de l’armée ;
- la ville moderne réservée aux Européens, comprenant également les quartiers « Val Fleuri » et « Mestaâjil » ;
- les quartiers d’habitation des Marocains, appelés « indigènes », dépourvus d’infrastructures et d’équipements de base, où se concentraient les principaux bidonvilles, dont une partie fut ravagée par un terrible incendie en 1946.
Mis à jour le 7 octobre 2026